Le Sahel après Wagner : la fin d’une promesse

Le grand récit de la “libération” du Sahel par la Russie montre aujourd’hui ses fissures. Selon une analyse du Africa Center for Strategic Studies, l’influence russe en Afrique repose sur un paradoxe : Moscou est devenu l’acteur extérieur dominant au Sahel malgré une contribution ne dépassant pas 1 % des investissements directs étrangers et une assistance sécuritaire limitée. Le levier russe n’a jamais été économique. Son principal vecteur d’influence a consisté à encourager des prises de pouvoir anticonstitutionnelles, puis à soutenir ces régimes une fois installés.

Les conséquences apparaissent désormais au grand jour. À Bamako, les insurgés multiplient les sièges de villes à travers les trois pays et ont considérablement resserré l’approvisionnement en carburant de la capitale ; des attaques ont coûté la vie au ministre de la Défense et paralysé le réseau électrique en 2026. Un rapport de l’institut espagnol Elcano précise que les objectifs premiers de la Russie sont la préservation du régime et le contrôle territorial, non la promotion de la bonne gouvernance ; à court terme cette stratégie soutient des juntas assiégées, mais à long terme les abus, l’absence de reddition de comptes et la violence alimentent le ressentiment populaire.

Sur le terrain, la réalité contredit le narratif officiel de “coopération souveraine”. Selon Al Jazeera, à Kidal, le gouverneur régional avait averti les mercenaires russes trois jours avant l’attaque, mais “ils n’ont rien fait”, selon un haut responsable malien cité par RFI — qui a ajouté que l’Africa Corps aurait pu négocier son retrait à l’avance. Une réalité rarement formulée aussi crûment dans la presse des pays concernés.

Ce que révèle ce dossier : la rente sécuritaire russe repose largement sur l’accès aux ressources. Les forces de l’Africa Corps se sont concentrées avant tout sur la protection des sites d’extraction aurifère et des actifs des régimes, plutôt que sur la protection des civils ou la lutte contre les djihadistes — une contradiction qui souligne que les objectifs russes en Afrique sont géopolitiques : affaiblir les liens de l’Afrique avec l’Occident.


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