Cacao/ Abidjan-Accra : l’alliance tardive contre la fuite des fèves

Pour la première fois, les deux géants mondiaux du cacao changent de méthode. L’accord a été scellé lors du Sommet de haut niveau Côte d’Ivoire-Ghana sur l’avenir de l’économie cacaoyère, tenu à Abidjan le 16 juin 2026 : pour la première fois, les deux pays alignent leurs prix bord champ en dollars plutôt que de laisser chacun fixer son propre tarif. L’enjeu réel de cette décision est rarement présenté frontalement dans les communiqués officiels : l’écart de prix entre les deux pays a longtemps alimenté une contrebande active, les fèves circulant vers celui qui payait le mieux les producteurs — un commerce informel qui a siphonné des recettes, brouillé les données de récolte officielles et compromis la capacité de planification des deux gouvernements.

Derrière la communication triomphale sur les “prix historiques”, la réalité du revenu paysan reste fragile. Une analyse indépendante souligne que un agriculteur ghanéen touchant environ 4 600 dollars la tonne mais récoltant la moitié du volume d’il y a dix ans est en réalité perdant, une fois pris en compte la hausse des coûts, la pénurie de main-d’œuvre et l’inflation — si bien que même avec des prix mondiaux élevés, les revenus réels restent précaires. Cette même étude relève une tension que les autorités locales n’aiment pas commenter : cet écart pousse déjà certains agriculteurs ghanéens vers l’orpaillage illégal, plus rémunérateur à court terme, ou vers la fuite transfrontalière des fèves.

Pourquoi la transformation locale reste marginale

La question structurelle demeure sans réponse claire : pourquoi la Côte d’Ivoire, premier producteur mondial, n’a-t-elle pas davantage développé sa propre industrie de transformation, alors que transformer le cacao en chocolat fini sur place multiplierait la valeur ajoutée par cinq à dix — et pourtant moins de 40 % du cacao ivoirien est transformé localement.


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