Le mot revient dans presque toutes les lois de finances votées ces derniers mois : « souveraineté ». Mais derrière ce terme rassembleur se cache une réalité chiffrée précise, et rarement questionnée dans le débat public local.
RDC : un tiers du budget pour la guerre
Le cas le plus frappant est celui de la République démocratique du Congo. Face à un contexte sécuritaire toujours préoccupant, notamment dans l’Est de la République démocratique du Congo, le gouvernement a consacré 11.896 milliards de francs congolais, soit près de 30% du budget général, aux forces de défense et de sécurité. Ce budget global de 2026, présenté par la Première ministre, a été chiffré à 59.021 milliards de francs congolais, soit une augmentation de 16% par rapport à 2025. Sur le plan diplomatique, la tension reste vive : pour le leader de la coalition Lamuka, « aucun accord de prétendue “intégration économique régionale” ne peut être envisagé tant que la souveraineté et l’intégrité territoriale de la RDC sont bafouées », et Martin Fayulu Madidi a appelé le Président de la République à convoquer d’urgence un dialogue national pour trouver une solution à la crise sécuritaire.
Afrique du Sud : la sécurité avant la dette
À l’autre bout du continent, Pretoria opère un virage similaire, mais pour des raisons différentes. L’axe central du budget reste la sécurité : face à une criminalité persistante — plus de 60 homicides par jour — l’exécutif dirigé par le président Cyril Ramaphosa a décidé de renforcer les moyens alloués aux forces de l’ordre, en déployant l’armée dans certaines zones sensibles en appui à la police. Ce choix intervient alors même que les dépenses consacrées à la paix et à la sécurité devraient atteindre 15 milliards de dollars par an d’ici 2028. Le gouvernement communique surtout sur un autre indicateur, plus flatteur : le ministre des Finances, Enoch Godongwana, a annoncé une stabilisation imminente de la dette publique, déclarant : « pour la première fois en 17 ans, la dette va se stabiliser et elle continuera de diminuer dans les années à venir ».
Sahel : la souveraineté comme mot d’ordre budgétaire
Au Mali comme au Burkina Faso, le vocable « souveraineté » structure désormais l’intégralité du discours budgétaire officiel. Le Mali a adopté un budget 2026 axé sur la souveraineté, avec des recettes de 3 057,8 milliards de FCFA et des dépenses de 3 578,2 milliards de FCFA, résultant en un déficit de 520 milliards de FCFA — un budget voté à l’unanimité par le Conseil National de Transition, marqué par des contraintes économiques et sécuritaires, avec des dépenses visant à renforcer la résilience. Au Burkina Faso, la même rhétorique domine : le niveau des recettes traduit la volonté des autorités de renforcer la capacité de l’État à financer ses priorités à partir de ressources propres, tout en consolidant la trajectoire de souveraineté budgétaire engagée ces dernières années, dans un pays où le premier pilier reste le maintien de la paix et de la stabilité socio-politique, considéré comme le socle indispensable à toute dynamique de développement durable.
Ce que ce dossier révèle : dans au moins trois configurations différentes (RDC en guerre, Afrique du Sud en crise sécuritaire intérieure, Sahel en transition militaire), le vocabulaire budgétaire converge vers une même justification — la souveraineté et la sécurité — qui autorise une croissance rapide des lignes de défense sans que le débat parlementaire local n’interroge frontalement l’équilibre entre dépenses régaliennes et investissement social. C’est précisément ce type de convergence, invisible tant qu’on lit les budgets pays par pays, que la méthode comparative d’Omerta News cherche à mettre en lumière.
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